Qu’est-ce que la ludopédagogie ?
Et conseils pour débuter
Depuis le début de mon activité de formatrice, je considère que la pédagogie active, notamment à travers le jeu, est une excellente manière d’apprendre et de développer des compétences.
Mais attention apprendre en jouant, ce n’est pas moins apprendre.
La ludopédagogie ne consiste pas simplement à faire jouer les apprenants pour rendre une formation plus amusante. Les activités proposées sont pensées pour favoriser leur implication, leur réflexion et surtout leur appropriation des connaissances et des compétences.
Ca sert à quoi la ludopédagogie ?
La ludopédagogie consiste à utiliser le jeu et des activités ludiques comme outils pédagogiques pour faciliter l’apprentissage.
Elle s’inscrit dans une démarche de pédagogie active : l’apprenant n’est plus simplement spectateur de la formation. Il participe, réfléchit, expérimente, échange et construit progressivement ses propres ressources.
Apprendre en faisant
L’un des grands intérêts de la ludopédagogie est de mettre le groupe à contribution.
À travers différentes activités, les apprenants peuvent :
- s’approprier une notion ;
- comprendre un fonctionnement ;
- raisonner et chercher des solutions ;
- confronter leurs points de vue ;
- expliquer une notion aux autres ;
- expérimenter avant de passer à l’action.
Le formateur conserve évidemment son rôle, mais il devient davantage accompagnateur de la construction des compétences que simple transmetteur de connaissances.
Quels sont les avantages de la ludopédagogie ?
Contrairement à une idée reçue, intégrer du jeu dans une formation ne signifie pas diminuer le niveau d’exigence.
Au contraire, lorsqu’elle est bien pensée, la ludopédagogie peut favoriser l'implication et la mémorisation des apprenants.
Une meilleure implication du groupe
Une activité ludique peut permettre de créer rapidement une dynamique collective. Le groupe devient acteur de la séance et chacun est amené à participer, réfléchir ou prendre position.
Une compréhension facilitée
Le jeu permet également de partir d'une situation concrète pour amener progressivement les apprenants vers une notion ou une compétence.
Ils ne reçoivent pas uniquement une réponse : ils cherchent, testent, se trompent, argumentent et construisent leur compréhension.
Une meilleure appropriation des compétences
L’objectif n’est pas simplement que l’apprenant connaisse une notion à la fin de la séance.
Il s’agit de lui permettre de mobiliser cette notion dans une situation concrète.
C’est notamment tout l’intérêt des mises en situation, jeux cadres, défis collectifs ou activités de résolution de problème.
Combien de temps faut-il pour une activité ?
Il n’existe pas de durée idéale pour mettre en place une activité de ludopédagogie. Certaines activités peuvent être préparées très rapidement, tandis que d’autres nécessitent davantage de ressources ou de matériel.
Le plus important, surtout lorsque l’on débute, est de commencer simplement.
Des consignes claires avant tout
L’un des éléments essentiels d’une activité ludopédagogique reste la qualité des consignes.
Avant de lancer le jeu, il faut s’assurer que chacun a compris :
- ce qu’il doit faire ;
- avec qui il doit travailler ;
- combien de temps il dispose ;
- ce qui est attendu à la fin de l’activité.
Une activité peut être excellente sur le papier et pourtant ne pas fonctionner si les consignes sont trop complexes.
Le maître-mot : simplicité.
Comment débuter en ludopédagogie ?
Si vous souhaitez intégrer davantage de jeux pédagogiques dans vos formations, voici quelques conseils pour commencer.
Utiliser des jeux cadres
Pour débuter, je recommande notamment de s’intéresser aux ressources de Thiagi et aux jeux cadres.
Le principe est particulièrement intéressant : on dispose d’une structure de jeu que l’on peut ensuite adapter à son propre contenu de formation.
Cela permet de ne pas avoir à réinventer complètement une activité à chaque séance.
Commencer petit
Inutile de commencer par créer un escape game de trois heures avec quinze énigmes, six supports et une bande-son.
On peut commencer beaucoup plus simplement.
L’objectif est de se faire la main et surtout d’observer :
« Est-ce que cette activité fonctionne avec mon groupe ? »
Après l’activité, prenez également le temps de recueillir les retours.
À chaud, demandez ce que les participants ont pensé de l’activité.
À froid, cherchez plutôt à savoir ce qu’ils ont réellement retenu et ce qu’ils sont capables de réutiliser. C’est là que l’on peut mesurer la véritable efficacité pédagogique de l’activité.
Mes coups de cœur ❤️
Voici deux activités particulièrement simples à intégrer dans une formation.
La technique du 5 en 5
La technique du 5 en 5 permet d’aller plus loin qu’un simple brainstorming.
Étape 1 : réflexion individuelle
Le formateur pose une question sur une notion.
Chaque participant réfléchit individuellement et liste les éléments qui lui viennent à l’esprit.
Étape 2 : mise en commun
Les participants peuvent ensuite comparer leurs réponses :
- en binôme ;
- en sous-groupe ;
- ou avec l’ensemble du groupe.
Étape 3 : partage collectif
Tour à tour, chacun partage les éléments qu’il a identifiés.
Le formateur les note au tableau afin de faire émerger progressivement les différentes idées du groupe.
Étape 4 : construction d’une définition
À partir des éléments proposés, le groupe peut ensuite construire une définition collective.
Les participants peuvent voter pour ou contre les différents mots ou concepts proposés.
Enfin, chacun rédige individuellement sa propre définition de la notion.
Le formateur conserve alors un joker : il peut intervenir pour guider le groupe et réorienter les réflexions lorsque cela est nécessaire.
L’intérêt de cette méthode est simple : le groupe construit lui-même une partie de son apprentissage.
Le triptyque
Le triptyque est une autre activité que j’utilise régulièrement.
Son principe consiste à faire émerger trois positions ou trois possibilités afin de sortir d’une réflexion trop « blanc ou noir ».
Cette méthode permet notamment de prendre du recul sur une situation et de faciliter le passage à l’action.
Comment fonctionne le triptyque ?
Le support est totalement libre :
Tableau ; feuille ; post-it ; tableau numérique ; outil collaboratif ; ...
La question peut être posée :
- individuellement ;
- en binôme ;
- en sous-groupe ;
- ou à l’ensemble du groupe.
Quelques exemples de triptyques
Pour une activité de gestion de projet : Je conserve / Je modifie / Je supprime
Pour développer le sens critique : Je suis d’accord parce que / Je suis contre parce que / Je proposerais plutôt
Pour analyser une situation : Ce qui fonctionne / Ce qui pose problème / Ce que je propose
L’intérêt du triptyque est justement de pouvoir l’adapter à presque toutes les thématiques.

Une activité utilisable à n’importe quel moment
C’est probablement l’un de mes aspects préférés de cette méthode.
Le triptyque peut être utilisé :
- en début de séance pour faire émerger les représentations ;
- au milieu pour analyser une situation ;
- en fin de séance pour faire un bilan ;
- avant une mise en pratique pour préparer le passage à l’action.
Il n’y a donc pas une seule bonne manière de l’utiliser.
Tout dépend de la question que vous allez poser au groupe.
En conclusion
Proposer des activités et développer les compétences grâce au jeu peut se faire très sérieusement.
Bien pensée, la ludopédagogie favorise l’implication des apprenants et peut contribuer à un ancrage durable des apprentissages.
Et surtout, les activités sont déclinables à l’infini.
Elles peuvent être adaptées à différents contenus ; à différents niveaux ; à différents métiers ; à différents publics ; à différents objectifs pédagogiques.
L’objectif est finalement de permettre au groupe de construire au maximum ses propres ressources et ses compétences.
Le formateur n’agit alors plus uniquement comme un transmetteur de savoir, mais comme un accompagnateur dans la construction des compétences.
Alors faites confiance à vos groupes.
Laissez-les chercher.
Laissez-les expérimenter.
Laissez-les parfois se tromper.
Et surtout, laissez-les construire.
Le maître-mot : LESS IS MORE.
🎲 Alors… qui lance le dé ?