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Sommes nous tous égaux face à la formation ?

Les métiers évoluent, les compétences aussi. Pourtant, l’accès à la formation professionnelle reste très différent selon la taille de l’entreprise, le secteur d’activité ou encore le niveau de qualification des salariés. Que nous disent réellement les chiffres sur ces écarts ?
6 octobre 2026 par
chatagnier mallaury

Formation professionnelle : pourquoi tous les salariés ne sont-ils pas égaux face à la montée en compétences ?


Les métiers évoluent, mais l'accès à la formation reste inégal

Les transformations du monde du travail ne sont plus une perspective lointaine. Numérique, intelligence artificielle, nouvelles attentes des clients, évolution des réglementations ou encore transformation des modes d'organisation : les entreprises doivent régulièrement adapter leurs pratiques.

Les actifs en ont conscience. Selon le baromètre Centre Inffo, 85 % considèrent que leur métier évolue.

Cette évolution pose nécessairement la question des compétences. Lorsqu'un métier change, les savoir-faire nécessaires pour l'exercer peuvent eux aussi évoluer.

Pourtant, la possibilité de développer ces compétences n'est pas la même pour tous.

Les données disponibles sur la formation professionnelle montrent des écarts importants selon le profil du salarié, son secteur d'activité, mais aussi et surtout selon la taille de l'entreprise dans laquelle il travaille.

C'est un point particulièrement intéressant pour les TPE et PME, qui constituent une grande partie du tissu économique français.

Les grandes entreprises forment davantage que les petites

La taille de l'entreprise constitue l'un des écarts les plus visibles.


Formation professionnelle

Selon les données de l'INSEE, 62 % des salariés des établissements de 250 salariés ou plus ont suivi une formation non formelle à but professionnel au cours des douze derniers mois, contre 32 % dans les établissements de moins de 10 salariés.

Autrement dit, un salarié d'une grande structure a beaucoup plus de chances d'avoir accès à une formation qu'un salarié d'une très petite entreprise.

Cet écart ne signifie pas que les petites entreprises ne considèrent pas la formation comme importante. Les raisons sont souvent liées à leur fonctionnement.


Dans une TPE, quelques personnes peuvent assurer une grande partie de l'activité. Libérer un salarié pendant une journée, voire plusieurs heures, peut avoir des conséquences immédiates sur l'organisation.

Le dirigeant peut également cumuler plusieurs fonctions : gestion, commercial, production, management, relation client...

Dans ce contexte, la formation peut facilement passer après les urgences quotidiennes.

Le sujet n'est donc pas nécessairement un manque de volonté. Il peut s'agir d'un problème de temps, d'organisation, d'information ou de capacité à identifier une formation réellement adaptée aux besoins de l'entreprise.

C'est notamment ce qui rend les travaux du Céreq sur les très petites entreprises intéressants. L'enquête Formation Employeur cherche justement à mieux comprendre les pratiques de formation des entreprises de moins de 10 salariés, souvent moins visibles dans les statistiques générales.

Pour une TPE, l'enjeu n'est donc pas forcément de reproduire les politiques de formation d'un grand groupe.

Il est plutôt de trouver une manière de développer les compétences qui soit compatible avec son activité et ses contraintes.

Des écarts importants selon les secteurs d'activité

La taille de l'entreprise n'est toutefois pas le seul facteur.

Le secteur d'activité joue également un rôle important dans l'accès à la formation.

Les données de l'INSEE montrent des écarts particulièrement marqués entre les secteurs. Dans les services financiers, par exemple, la proportion de personnes ayant suivi une formation est nettement supérieure à celle observée dans l'agriculture ou certains secteurs de services.

Ces différences ne signifient pas nécessairement que certains secteurs considèrent la formation comme inutile.

La structure même des activités explique une partie de ces écarts.

Les secteurs qui regroupent davantage de grandes entreprises, de cadres et de professions intermédiaires présentent généralement des taux d'accès à la formation plus élevés.

À l'inverse, les secteurs composés de nombreuses petites structures, avec des métiers très opérationnels et des contraintes fortes de disponibilité, peuvent rencontrer davantage de difficultés.

L'agriculture, la restauration ou encore certaines activités administratives illustrent cette réalité.

Pour autant, ces métiers ne sont pas moins concernés par les évolutions.

➡️ Un restaurateur doit s'adapter aux nouvelles attentes de ses clients et aux outils numériques.

➡️Un exploitant agricole doit pouvoir intégrer de nouvelles pratiques et de nouveaux outils.

➡️Une entreprise administrative doit suivre l'évolution des logiciels, des réglementations et des méthodes de travail.

➡️Une entreprise commerciale doit faire évoluer ses techniques de prospection, de vente et de fidélisation.

Les besoins en compétences existent partout. Ce qui change, ce sont les conditions dans lesquelles les entreprises peuvent y répondre.

Plus le niveau de diplôme est élevé, plus on se forme

Un autre écart apparaît lorsqu'on observe le niveau de qualification.

Les personnes les plus diplômées sont également celles qui accèdent le plus fréquemment à la formation.

Selon l'INSEE, en 2022, 72 % des personnes diplômées du supérieur long avaient suivi au moins une formation au cours des douze mois précédents, contre 27 % des personnes dont le niveau de diplôme était inférieur au baccalauréat.

Le constat est également visible lorsqu'on regarde les catégories professionnelles.

Les cadres et les professions intermédiaires sont davantage concernés par la formation professionnelle que les employés et les ouvriers.

Ce phénomène peut s'expliquer de plusieurs façons.

Certains métiers évoluent très rapidement et nécessitent une actualisation régulière des connaissances. Les entreprises peuvent également avoir davantage l'habitude de proposer des formations aux fonctions d'encadrement ou aux postes nécessitant des qualifications spécifiques.

Mais cette situation pose une question importante.

La formation professionnelle ne devrait-elle pas justement permettre de réduire les écarts de compétences plutôt que de les renforcer ?

Lorsqu'une personne a déjà l'habitude de se former, de rechercher de l'information et d'identifier ses besoins, elle est probablement mieux armée pour continuer à développer ses compétences.

formation

À l'inverse, une personne qui connaît moins les dispositifs existants ou qui travaille dans une entreprise proposant peu de formations risque de rester davantage éloignée de cette dynamique.

La formation peut alors devenir un cercle vertueux pour certains et rester difficilement accessible pour d'autres.

La formation est pourtant largement considérée comme nécessaire

Ces écarts sont d'autant plus intéressants que la perception de la formation professionnelle est globalement très positive.

90 % des actifs considèrent la formation professionnelle comme une nécessité.

Ce chiffre montre que la question n'est plus réellement de convaincre les actifs que la formation peut être utile.

La nécessité est largement reconnue.

Le véritable enjeu est désormais de transformer cette conviction en actions concrètes.

Et c'est probablement là que les entreprises, et notamment les TPE et PME, ont une carte à jouer.


Pour les TPE et PME, former autrement plutôt que former moins

Lorsqu'on compare les chiffres entre grandes entreprises et petites structures, le risque serait de conclure que les TPE et PME doivent simplement « faire plus de formation ».

La réalité est probablement plus nuancée.

Une petite entreprise ne fonctionne pas comme un grand groupe. Elle n'a pas nécessairement un service RH, un responsable formation ou un budget consacré exclusivement au développement des compétences.

Elle peut en revanche identifier précisément les compétences dont elle a besoin.

C'est même parfois un avantage.

formation

Dans une petite structure, une formation peut être directement liée à une problématique rencontrée sur le terrain : améliorer la prospection commerciale, mieux conduire un entretien de vente, apprendre à négocier, fidéliser les clients, prendre en main un nouvel outil, manager une équipe ou structurer une nouvelle activité.

La formation peut alors être pensée comme une réponse à un problème concret plutôt que comme une action déconnectée du quotidien.

Cette approche demande toutefois de prendre le temps de s'interroger.


➡️ Qu'est-ce qui fonctionne aujourd'hui ?

➡️Qu'est-ce qui pourrait être amélioré ?

➡️Quelles compétences manquent à l'équipe ?

➡️Quels changements vont avoir un impact sur l'activité dans les prochains mois ?

➡️ Et surtout, quelles compétences seront nécessaires demain ?

Anticiper plutôt que constater

C'est peut-être là que se trouve l'un des principaux enjeux de la formation professionnelle.

Attendre qu'une compétence devienne obsolète pour commencer à se former revient souvent à agir lorsque le besoin est déjà devenu URGENT.

À l'inverse, identifier progressivement les évolutions de son métier permet de prendre une longueur d'avance.

Un nouvel outil apparaît ? Il est possible d'anticiper sa prise en main.

Les attentes des clients évoluent ? Les équipes commerciales peuvent faire évoluer leurs pratiques.

L'entreprise souhaite se développer ? Les compétences nécessaires peuvent être identifiées avant que les difficultés apparaissent.

La formation devient alors un outil d'anticipation.

Elle ne sert plus uniquement à corriger un manque. Elle permet également de préparer l'entreprise à ce qui arrive.

La montée en compétences concerne donc TOUTES les entreprises

Les chiffres montrent clairement que les salariés ne sont pas égaux face à la formation professionnelle.

La taille de l'entreprise, le secteur d'activité, le niveau de diplôme et la catégorie professionnelle jouent tous un rôle dans l'accès à la formation.

Mais ils ne doivent pas conduire à une conclusion fataliste.

Une TPE n'a pas besoin de fonctionner comme un grand groupe pour développer les compétences de ses salariés.

Elle doit surtout être capable d'identifier ses besoins, de s'informer et de choisir des solutions adaptées à sa réalité.

Car si 85 % des actifs considèrent que leur métier évolue, attendre que les compétences deviennent insuffisantes avant d'agir peut rapidement devenir un frein pour l'entreprise.

La formation professionnelle n'est donc pas seulement une question de budget ou de nombre d'heures réalisées.

C'est avant tout une question d'anticipation.

Quelles compétences avons-nous aujourd'hui ?

Quelles compétences nous manqueront demain ?

Et surtout : que pouvons-nous mettre en place dès maintenant pour accompagner cette évolution ?

La réponse à ces questions constitue probablement le véritable point de départ d'une politique de développement des compétences, y compris dans les plus petites entreprises.

Sources

Les données présentées dans cet article s'appuient notamment sur les travaux de l'INSEE relatifs à l'accès à la formation, sur le Baromètre de la formation et de l'emploi de Centre Inffo et sur les travaux du Céreq consacrés aux pratiques de formation des très petites entreprises.

chatagnier mallaury 6 octobre 2026
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